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Sevrage tabagique

Par Delphine Allouche, Corinne Aurouze, Dr Pierre Muller.

Le tabagisme est directement responsable chaque année en France de plus de 60.000 décès, soit un décès sur 10. C'est la principale cause de décès prématurés, et surtout de décès évitables. Ces décès sont le fait de cancers (bronches, larynx,...), de pathologies cardiovasculaires (infarctus du myocarde, accident vasculaire cérébral, artérite,...), et de maladies respiratoires (bronchite chronique, emphysème). Si rien n'est fait, on attend 160.000 décès annuels en 2025.

La nicotine contenue dans la fumée de tabac est une véritable drogue, responsable d'une dépendance physique dont l'intensité est comparable à celle de l'héroïne. La privation de nicotine provoque un syndrome de sevrage (mal-être général, anxiété, irritabilité, etc...), à l'origine de nombreuses rechutes précoces.

En outre, le fumeur est soumis à une dépendance psychologique (habitudes et comportements autour de la cigarette) rendant compte des difficultés à abandonner définitivement la cigarette.

Face à une personne en demande d'aide au sevrage, la première consultation permet de préciser chacun des trois déterminants en interaction : patient, produit, environnement.

  • antécédents médicaux (notamment pathologies en rapport avec le tabagisme, et antécédents anxio-dépressifs),
  • co-addictions (en particulier alcool et cannabis),
  • caractéristiques de la consommation (ancienneté, quantité, tentatives d'arrêt antérieures),
  • évaluation de la dépendance physique (test de Fagerström, mesure du CO expiré) et psycho-comportementale,
  • évaluation de la maturation de la décision d'arrêt,
  • évaluation de la situation psychologique (test HAD),
  • freins à la décision : crainte du manque, de la prise de poids, etc...,
  • environnement familial et professionnel, habitudes de vie, pratique de sports, etc...

A l'issue de ce premier bilan, on aura clarifié la demande de la personne et son degré de motivation à l'arrêt. Si sa demande ne s'oriente pas vers un arrêt prochain, il conviendra de renforcer sa motivation (entretien motivationnel), de la rassurer sur les aides disponibles, et de lui proposer une nouvelle rencontre pour prolonger la discussion.

Si la personne est prête à un arrêt rapide, on se basera sur le niveau de dépendance physique pour juger de la nécessité d'une aide médicamenteuse (substitution nicotinique ; Zyban, nom commercial du bupropion ; Champix, nom commercial de la varénicline).

Les difficultés prévisibles seront identifiées, et les mesures préventives mises en oeuvre : prise en charge psychologique ou psychiatrique en cas de risque dépressif, conseils spécifiques en cas de risque de prise de poids (diététique, activité physique...).

Le niveau de dépendance psycho-comportementale fera discuter l'intérêt d'une thérapie cognitive et comportementale associée.

Un suivi en consultation est ensuite organisé, à une fréquence et une durée adaptées à chaque situation. Il a pour objectifs :

  • de s'assurer de la réalité du sevrage,
  • d'adapter le cas échéant la substitution nicotinique en fonction des signes de sur ou sous-dosage,
  • d'identifier les difficultés et mettre en oeuvre les correctifs,
  • de dépister précocement les symptômes anxio-dépressifs,
  • d'entretenir la motivation,
  • de travailler sur le versant comportemental et la prévention des rechutes tardives.

L'unité de Tabacologie du Centre Hospitalier Intercommunal des Alpes du Sud intervient principalement sur le site de Gap, et espère intervenir prochainement sur le site de Sisteron. Elle assure des consultations individuelles pour les consultants externes, les patients hospitalisés, et le personnel hospitalier.


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